
by Tony Nardi
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LETTER ONE
(Film Version in English)
February 20, 2011 at 14:30 (2:30PM) at the ONF/NFB Cinema
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Une bonne grosse colère
Veronick Raymond
June 4, 2010
J’ai eu la chance de voir ce soir l’excellente production “…
And counting (letter three)” écrite et livrée par Tony Nardi ainsi que l’échange avec le
créateur, animé par Robert Lalonde. J’en aurais long à dire, mais à une semaine de la
première de ma propre production au M.A.I., l’énergie se fait rare. Quelques
réflexions me hantent cependant, alors je les couche ici en vrac avant d’en faire autant
de ma personne (me coucher en vrac, ça promet!).
D’abord, Nardi nous confronte non pas à notre insignifiance individuelle, mais plutôt
au fait que notre désir de faire consensus, de plaire, nous rend insignifiant.
Cependant, même si pendant l’échange qui a suivi la pièce il y a eu des prises de
paroles à l’effet que cela était le résultat de notre frilosité au conflit dans la vie de tous
les jours, moi ce que j’ai entendu du créateur, c’était plutôt une critique de notre
incapacité de débattre, de remettre en question, de confronter, dans la Cité, sur les
arènes publiques, sur scène. Je ne l’ai pas entendu réclamer la confrontation dans le
rapport entre individus, mais plutôt la confrontation des idées (artistiques, d’abord,
mais comme il l’a bien expliqué, c’est tout à fait universel et la réflexion s’étend à
d’autres sphères).
L’autre chose que j’ai retenue, c’est qu’il est vraiment temps que je me mette en
colère. Désolée Aristote, mais la catharcis, qui aurait dû me permettre de me libérer
de mes passions en regardant le héros se livrer aux siennes, niet, ça pas fonctionné
pantoute. Le Tony de Nardi était vraiment en colère et désespéré et pendant de longs
moments de sa performance – hautement cardiovasculaire - je me suis dit, ben oui,
c’est ça la solution. À défaut de trouver des explications à tout ce qui m’échappe
depuis des mois, puisque les solutions me font défaut, il me faut piquer une sacrée
colère, en faire un monologue fleuve enflammé (désolée, la référence à BP est
involontaire) et le jouer pour moi-même (Nardi nous rappelant que le meilleur théâtre
se fait quand personne ne nous voit… ouin.).
Enfin, quand je vois le personnage de Tony Nardi réclamer que le théâtre nous
provoque, qu’il nous donne envie de faire l’amour au premier étranger qu’on croise
dans la rue, ben moi ça me parle.
Merci Nardi de nous dire nos quatre vérités. J’aurai probablement pas le guts d’en
faire autant. Je piquerai probablement pas une vraie bonne grosse colère et si je le
fais, je doute que ça se transforme en une performance aussi percutante. Et je n’ai
agressé aucun étranger à la sortie du théâtre, Hochelaga peut dormir tranquille. Mais
je suis encore un peu plus enflammée. Et demain en salle de répétition, j’arriverai encore plus chargée. Pâle mimesis (et Aristote qui rapplique!), mais on fait c’qu’on peut avec c’qu’on a. Et je vous remercie de m’avoir injectée un peu plus de feu et de fiel dans les veines.
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